Un matin d’automne elle rassembla ses affaires, fit son bagage et partit son livre en poche.

La distance à crapahuter n’était pas bien définie mais la teneur de l’ouvrage lui servait de grimoire.

Un alphabet d’arabesques oniriques à qui elle saurait donner son contour.

Le soleil se levait et l’air frais l’enveloppait. Elle noua son foulard plus surement autour de son cou.

L’horizon était vaste, aussi vaste que le nombre de pages qu’elle avait consignées dans son livre.

Première halte au bout de deux heures sur une colline verdoyante, elle s’assit près d’un arbre.

Le murmure du vent dans les feuilles rappelait un effeuillage doux et courtois.

Le livre était ouvert devant elle, programmatique et soudain une créature lui apparut vêtue de lumière.

C’était la muse.

Elle était accompagnée d’anges qui l’auréolèrent.

Un sentiment de plénitude la gagna et elle sentait en elle une profonde énergie douce et subtile à la fois.

Le livre froufroutait.

Elle l’ouvrit à la première page et ne lut pas ce passage qu’elle connaissait par cœur mais plutôt pour se mettre à l’unisson de l’ange.

Une lumière céleste se décrocha et tout était baigné jusqu’au zénith.

Une telle intensité la fit s’endormir.

En songes elle voyait des sirènes envouter des corsaires endurcis. L’équipage était sous le charme et le navire voguait à perte de vue.

Elle était maintenant sur une île déserte encensée de palmiers.

Le vent fouettait ses sens. Nulle âme alentour sauf un hérisson caduc qui venait à sa rencontre.

Elle sortit de son rêve en larmes.

Elle chercha partout mais le livre avait disparu.

Elle était livrée à elle-même.

Son sixième sens lui indiqua le chemin du retour.

Un chien aboya à l’approche de sa demeure.

Elle se demanda si elle était partie longtemps. L’horloge était arrêtée.

Elle s’allongea un instant pour reprendre ses esprits.

Elle invoqua l’ange mais le silence régnait dans la pièce.

Elle se souvenait vaguement d’un voyage.

Elle se remit à sa table d’écriture…