Avant même le café brûlé du bar à poux de la place de la Nation je suis gorgée de souffle.

Les bottes harassantes de mon voisin présage d’une sortie en ville bruyante.

Les nombreux passants en butées déambulent sur le trottoir et le chemin est étroit.

Telle une fourmilière géante l’esquisse de la ville au matin est chagrine car les lieux sont fermés.

Un peu plus tard, les cafés autour de la place affichent mauvaise mine et le café n’est pas servi mais hurlé à la tirelire. On a beau se frotter à l’autre l’esprit mortifère demeure : pas de dialogues possibles dans cette dictature travail, famille, patrie qui émane d’un passé non effacé.

L'autre est ici le même.

Paris au temps des masques taciturnes.

On dirait que l’autre est un caporal-chef exhalant des ordres silencieux dans un Paris troublé par l’omniprésence de treillis. Ici l’on m’ordonne de me garer ailleurs sous peine d’appeler la police et la police arrive.

Ce Paris Pétainiste ignore la chaleur du soleil. Ici on enterre les vivants à la pelle lorsqu’ils affichent une différence. La violence à Paris est d’abord insinueuse et mon souffle matinal décroit.

Des manifestations monstres défilent pour dénoncer le mariage pour tous par exemple.

L’amour dérange ici.

Des zones affranchies respirent un air de liberté comme dans le Marais mais là encore la ségrégation est de mise. Combien de lieux pour hommes fermés aux femmes, pour certaines  confinées au logis.

Le Paris des droits de l’homme résiste légèrement à ce marasme militaire.

Cette ville lumière offre des possibilités culturelles à qui veut s’instruire.

La nature reprend alors ses droits et les squares renaissent.

Ici on peut méditer en silence mais cela suppose une grande concentration tellement le flot des voitures et la pollution est intense. Je tente de respirer à nouveau.

Paris serpentin où l’architecture tantôt émoustille comme ces immeubles style Art nouveau dans le 16 ième arrondissement tantôt enserre comme dans les banlieux les plus déshéritées.

Paris serpentin où l’autre vous offre un sourire comme un coup de massue.

Une ville village suffisamment grande pour rester anonyme mais aussi ville monde où le racisme est de mise et la pauvreté visible à chaque coin de rue.

Tous les soirs, dans ma rue, des SDF fouillent les poubelles à la main.

Spectacle d’une violence rare où nos déchets seraient leurs denrées rares.

Paris est une ville tout azimut où la violence insinueuse ou visible rivalise avec des aires de paix.

Il faut être bien entouré et doué de vie pour ne pas en subir la violence.

C’est le lot de toutes les villes de vous prendre à la gorge en l’absence de gros câlins.