17 août 2009
En passante
J’ai vécu une « expérience » théâtrale …
lorsque cette actrice s’est échappée de la scène réinventée en plein air sur la place du village au milieu des passants pour s’assoir à côté de moi, à l’ombre, me faisant entrer dans l’espace scénique de la pièce.
Quel rôle devais-je jouer ?
Quand troublée par son dos décolleté-bronzé, ses oreilles, ses épaules aux arêtes saillantes, sa longue chevelure blonde, ses oreilles, ses seins moulant le tissu noir, quand tout chez elle me faisait signe ?
La chaleur de ce dimanche d’août se glissait longuement dans cet interstice stagnant entre elle et moi.
Je la sentais me voler en silence mon regard de spectatrice, j’étais double et elle me faisait jouer malgré moi mon rôle de touriste aux relans coupable assistant au travail de ses comparses mimiquant de façon hagarde celui d’éboueurs (« caricatural » disait ma voisine) : le motif principal de cette pièce muette tirée « d’un trou dans la ville » de Charles Pennequin.
Voulais-je jouer ce que je faisais spontanément, entrer cette fois dans l’espace de la pièce, je n’avais qu’un mot à dire que je n’ai pu retenir, je lui ai dit en silence : « je t’aime » (pourquoi ne pas dire « je t’aime » en guise de « bonjour », oui pourquoi, pas !?).
Non je ne voulais pas être la blonde pouffe et bellllllllllllle, plus exactement une autre pouffe blonde et belllllllllllllllllllllllllle.
Un peu trop tard j’étais sur les Ondes.
Je serais devenue actrice.
Le trouble.
Là, assise sur le trottoir d’un village de Bretagne entrant malgré moi dans cette pièce aux scènes de rue plus réelles que le réel lui-même, j’ai eu le choc du réel amputé du symbolisme et de l’imaginaire… dans le bien nommé « trou » de la ville par l’auteur
à moins que ce ne fût un choc artistique dans l’oscillation entre le réel et l’imaginaire.
Je n’ai pas voulu basculer dans le motif trop réel de la pièce à distance presque mutique d’une pièce quasi muette ni entrer dans une autre dimension plus longtemps, celle de l’imaginaire sur le mode du double.
J’ai laissé ce quelque chose s’auto-agir en place d’Hédé et je suis partie nager à 20 kilomètres de là en sentant bien qu’il s’était passé quelque chose de l’ordre du malaise mais incontestablement un malaise esthétique en retour d’une interprétation performative d’un texte à peine audible.
Chair et déperdition, le théâtre.
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